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LES NOMADOS

 

"Nomado" est le nom caractérisant les excursions à travers le pays. En 4X4 ou en moto, l'aventure débute aux frontières de la ville. Une des consignes à respecter est de ne jamais partir seul. En effet, l'expérience a montré plus d'une fois que la chaleur, la poussière et les cailloux avaient eu raison des mécaniques et des hommes.

    Notre nomado nous conduira au lac Abbé situé 190 kilomètres au sud-ouest du pays. Une partie de ce lac réside sur le sol djiboutien tandis que l'autre est sur le sol éthiopien . Le lac est donc divisé par une frontière artificiel. Il nous faudra choisir notre parcours car les pluies intenses de cette année ont fortement raviné le pays. Parfois, les pistes disparaissent sous l'effet des vents de sable ou parce que peu empruntées.

Carte de Djibouti

    Après une reconnaissance en hélicoptère, nous décidons du trajet à emprunter. L'itinéraire sera le suivant : Djibouti - petit Barra - grand Barra - Dikhil. Ensuite cap sur le lac à l'aide de nos GPS pour enfin revenir sur As Eyia et dormir.

    Le grand Barra est un lac asséché qui s'étend sur plusieurs dizaines de kilomètres. On peut même y faire du char à voile. La chaleur est si intense en pleine journée que les images à l'horizon sont déformées. J'ai encore à l'esprit l'image flou de ce camion qui passait au loin et dont mon oeil n'arrivait pas a définir les contours avec précision. Contraste relatif avec la fraîcheur de la palmeraie de Dikhil, lieu idéal pour se reposer et manger. L'unique station service de Dikhil est souvent, faute de ravitaillement, en pénurie de carburant. Nous devrons emporter une réserve de gas-oil importante car nos vieux 4X4 consomment énormément. Il faudra répartir la logistique composée de glacières, de jerricans, de réserves d'eau et de lits de camp entre les trois véhicules. Un guide nous accompagnera, il servira d'interprète.

 

    Le départ à lieu tôt le matin. Nous choisissons de partir à la fraîche pour économiser véhicules et passagers. De plus, la traversée Balbala est moins périlleuse. On ne roule pas vite car il fait nuit et avec le trafic incessant des poids-lourds Éthiopiens il faut être prudent. Nous croisons beaucoup de véhicules en panne ou accidentés qui n'ont aucune signalisation. Cela constitue un danger supplémentaire qui se mêle à l'hostilité naturelle du pays. Pour lutter contre le sommeil, les chauffeurs consomment énormément de Khat et se drogue. Certains à bout de force, perdent le contrôle de leur camion. Durant mon séjour, une famille française à péri dans un incendie de voiture suite à une collision avec un camion citerne.

    Vers 7h00, notre convoi quitte le bitume pour emprunter les premières piste érodée. Nous longeons maintenant le petit Barra. La poussière ne nous laisse plus d'autre choix que de ralentir afin de laisser plus de distance avec le véhicule qui nous précède. L'immensité du grand Barra nous permettra de rouler tous de front. Il y a moins de circulation mais il existe d'autres pièges, l'eau a creusé d'énormes fossés en travers de la route. Certains passages nécessitent quelques précautions. La piste ressemble à de la tôle ondulée et parfois, nous sommes surpris par des nids de poule, voire d'autruche pour quelques uns. Il commence à faire chaud, fort heureusement nos tout-terrains sont climatisés, luxe suprême dans cette région du globe !

    Il faut ralentir à l'approche des villages à cause des troupeaux de chèvres et autres animaux mais aussi, parce qu'il y a des enfants qui, en quête de petits cadeaux, courent et se jettent sur les voitures. Nous roulons depuis un petit bout de temps lorsque s'ouvre devant nous l'étendue du grand Barra. Cela m'impressionne de savoir que jadis il y avait de l'eau à l'endroit où je roule à présent. Nous nous déplaçons maintenant côte à côte sur ce sol craquelé par la chaleur. Nous  apprécions le paysage. Derrière nous, unique signe de notre déplacement, un épais nuage de poussière retombe très lentement. Bientôt, le vent et le sable auront effacé toutes traces de notre passage. Il est important de définir son trajet, de déterminer des points de passage et de mentionner les heures de départ et de retour. Le moindre incident, à cause du climat et du relief naturel, peut devenir tragique. Nous arrivons enfin à Dikhil, l'étape casse croûte de notre excursion. Pour prendre le frais et nous dégourdir les jambes nous effectuons une visite de la palmeraie abandonnée. Elle abritait jadis de superbes jardins et potagers qui étaient la fierté du village. Désormais, tout est abandonné. Seul Mohamed le gardien partage les lieux avec une autruche.

 

    Avant de repartir, nous procédons à la vérification de nos véhicules et a un complément de carburant. Nous comparons aussi les coordonnées de nos GPS car cette fois, il va falloir rouler au cap et choisir le meilleur passage dans les dunes. Sur le trajet, nous croisons quelques gazelles qui s'enfuient en bondissant et en zigzagant...

    Bientôt les premières collines apparaissent. Notre guide nous affirme qu'il existe un passage. Il faudra plusieurs tentatives avant de trouver le chemin secret. C'est le dernier obstacle avant d'arriver au lac Abbé. Certains passages sont raides et difficiles à cause, peut être, de notre manque d'expérience. Nous devons nous mettre en 4 roues motrices pour les franchir. Nous stoppons notre convoi car un des véhicules commence à chauffer. Il faut avouer qu'avec la forte température (45°), la mécanique est mise à rude épreuve. Nous en profitons pour nous désaltérer et contempler le paysage et faire le point. Le lac se trouve derrière les grandes cheminées de calcaire qui se dressent devant nous seulement, nous sommes situés trop près de la frontière éthiopienne. Il faut modifier notre cap. Capot grand ouvert, une demi-heure aura suffit pour apaiser le moteur souffrant.

     Le lac se dessine devant nous. Nous devons le contourner en longeant sa rive. A cause des multitudes de pierres rondes semblables à des boulets de canon, vestige sans doute d'une éruption volcanique, nous n'avons pas d'autre choix que d'emprunter ce passage. Sous l'effet de la chaleur, le bord cuit par le soleil est aussi dur que du bitume. Nous décidons de passer les uns après les autres. Un premier véhicule ouvre la voie, tout va bien. Les véhicules se faufilent les uns après les autres. Situé en dernière position, j'emprunte le même chemin. Soudain mon 4X4 s'enfonce et nous sommes secoués violemment. L'arrière se dérobe et c'est tout l'engin qui s'affaisse en s'immobilisant. Immédiatement mon véhicule repose sur le châssis. La croûte cassée du bord fait place à de la boue visqueuse. Sur le moment, je ne suis pas fier du tout !

    Il faut alléger le véhicule et dégager au maximum les roues enlisées. Nous renforçons le sol avec des pierres. Un autre véhicule me tirera grâce à un câble tandis que, pour avoir le plus d'appui possible, je mettrai en action les 4 roues motrices de mon Pajero. Ce n'est pas sans mal que nous dégageons mon véhicule. Ouf ! J'ai eu chaud. Heureusement que je n'étais pas seul. Ce fut l'occasion de boire une bonne bière avec les copains. Après avoir tout rechargé et s'être lavé les mains, nous continuons notre route.

 

    Notre but est atteint. Nous contemplons l'immensité du lac Abbé. Sans bruit, nous nous approchons à pieds pour observer l'importante colonie de flamants roses. Je n'en avais jamais vu autant sinon à la télévision. Leur envol forme un magnifique ballet majestueux qui se dessine sur un fond de soleil couchant. Quelques photos pour immortaliser cette rencontre et il faut déjà partir en direction de notre dernière étape: le campement d'As Eyia où nous passerons la nuit.

 

    Le soleil a disparu lorsque nous apercevons les toukouls du campement. A peine garés, un des responsables complètement désolé, vient à notre rencontre une lampe à pétrole à la main. Le petit groupe électrogène refuse de démarrer. Après les vérifications d'usages, la panne est localisée. C'est le filtre à carburant qui est complètement encrassé. Ici c'est une panne classique. Nous possédons un minimum d'outils, le dépannage est d'autant plus facile. Quelques instants plus tard, le moteur ronronne de nouveau. La vie reprend dans le campement. Cependant, alors que nous nous affairions autour du groupe, nos femmes avaient commencé l'apéritif. C'est dans un moment de pur bonheur que nous avons tous trinqué. Pour nous remercier et en guise de bienvenue, une fête improvisée s'est mise en place. Habillés du traditionnel "futha", les danseurs ont arboré fièrement leur fusil "gras".

    Ce soir là, samoussas, salade, poulet grillé et salade de fruits ont constitué notre repas. Les conversations ont été bon train, reconstituant en partie le film de la journée. Il était bien minuit passé lorsque nous avons rejoint les petits toukouls. Le visage rougi par le soleil et la poussière, le corps rompu par le trajet et la chaleur, nul besoin de compter les flamants roses pour m'endormir...

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